Sexus Politicus de Christophe Deloire et Christophe Dubois

Publié le par Stef

sexus-politicus.jpgSexus Politicus
de Christophe Deloire et Christophe Dubois
Albin Michel (2006)
391 pages
Document, France

Résumé

Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l'inévitable question de Bernadette : " Savez-vous où est mon mari ce soir ? " C'est ainsi : en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Au XVIIIe siècle, la Maintenon et la Pompadour ont régné sur le coeur et la politique du roi. Aujourd'hui, presque rien n'a changé : le pouvoir reste obsédé par la conquête des femmes. Epouses, elles font partie des stratégies présidentielles ; maîtresses ou courtisanes, elles font parfois trembler l'Etat. La séduction est plus que jamais au coeur du système politique et de la course à l'Elysée. Pour la première fois, d'anciens Premiers ministres, des ministres passés ou en fonction, des conseillers et des hauts fonctionnaires évoquent ce sujet délicat en toute franchise. Rien n'y manque : ballets roses, espionnage, vendettas, pièges... Quant aux services de l'Etat, ils enquêtent sur les candidats. La bataille qui mènera à l'élection présidentielle de 2007 sera impitoyable.

 

Mon avis:

 

Lorsqu'en août 2006 , Christophe Deloire et Christophe Dubois, publièrent Sexus Politicus, ils ne se doutaient sûrement pas que 5 ans plus tard, ce livre rose de la politique aurait une seconde vie. Présenté sur mon blog depuis quelques mois (et non chroniqué jusqu'à aujourd'hui), il n'avait guère suscité d'intéret malgré son bon référencement.
Et survint le 14 mai 2011 et l'Affaire DSK;  depuis, c'est une des recherches m'amenant le plus de visite.

 

Dans ce livre rose de la politique, les deux auteurs nous offrent un florilège des petites et grandes affaires de moeurs de nos dirigeants , avérées ou histoire montées de toutes pièces dans le but de déstabiliser (de nuire à) la personne incriminée. Des grivoiseries bon-enfant de Jacques Chirac au lynchage dont fut l'objet Dominique Baudis, de la fille cachée de Mitterrand en passant par des élus en porte jarretelles et bas résille au bois de Boulogne que révèlent les notes des RG, des déboires affectifs de Nicolas Sarkozy aux citations dont fut l'objet  Jack Lang dans de affaires de pédophilie, le pouvoir et le sexe semblent intimement liés. Kissinger ne qualifiait -il pas le pouvoir d'"aphrodisiaque absolu"?


Et me direz -vous, quid de Dinique Strauss-Kahnci? Et bien pas grand chose ou plutôt des non-dits. Un petit chapitre , vers la fin du livre lui est consacré. Il faut bien garder en tête que ce livre a été écrit en 2006. Ce chapitre est intitulé, prémonitoirement "l'affaire DSK"; Dominique Strauss-Kahn que les auteurs présentent comme possédant le "profil type de Sexus politicus, dont l'art de la séduction, "confine chez lui à l'obsession" . Mais hormis quelques allusions à ses fréquentations de clubs libertins et quelques mots sur une jeune journaliste envers qui il se serait montré très entreprenant voire inconvenant (on en sait plus depuis), rien de "sensationnel",  ce qui a laissé ce chapitre probablement inaperçu à l'époque. Paragraphe qui prend effectivement une autre dimension aujourd'hui (cf l'interview des auteurs dans le figaro du 21 mai 2011 , retranscrite  ci -dessous)


Pour finir, j'ajouterai que ce livre est  agréable  et facile à lire ;Christophe Deloire et Christophe Dubois ne manquent pas d'humour dans leur façon de raconter certaines anecdotes des petites histoires qui, mises bout à bout font le grande histoire.


INTERVIEW - Christophe Dubois*, auteur de Sexus politicus dénonce les pressions qu'il a subies de la part de l'entourage de DSK.

En 2006, vous publiez avec votre confrère Christophe Deloire «Sexus politicus», une enquête inédite qui met en lumière l'appétit de séduction des hommes de pouvoir. Pour vous, écriviez-vous à l'époque, Dominique Strauss-Kahn est le prototype du Sexus politicus. Que vouliez-vous dire ?

CHRISTOPHE DUBOIS - Si la séduction est au cœur du système politique et si la conquête du pouvoir n'est pas sans rapport avec la conquête des femmes, il nous est apparu très vite, à mesure que nous enquêtions, que Dominique Strauss-Kahn était une version XXL du Sexus politicus. Les témoignages qu'on nous livrait, parfois même sans que nous les sollicitions, révélaient que DSK avait un besoin obsessionnel, effréné et systématique de séduire.

Dans le chapitre que vous consacrez à celui qui était alors candidat à la primaire PS de 2007, vous évoquez le rôle de Ramzi Khiroun, l'un des conseillers en communication de DSK. Que cherche-t-il à faire?

C'est suffisamment rare pour être noté. C'est même la première et unique fois dans ma carrière que cela se produit: le conseiller en communication de Dominique Strauss-Kahn devance nos sollicitations. Ramzi Khiroun a eu vent de notre projet de livre et s'en inquiète. Par qui? Comment? Je n'en sais rien. Mais de manière très claire, il veut nous rencontrer afin de savoir ce que nous savons, histoire de nous mettre une amicale pression et de jouer éventuellement les démineurs. Ce ne sera que le début d'une succession de mises en garde.

Plus tard, alors que nous achevions l'écriture de notre enquête et que le livre allait être publié, ce sont les avocats de DSK qui se sont manifestés, nous menaçant, si jamais nous attentions à la vie privée de leur client. Ce qui les inquiétait, c'est qu'ils pressentaient, à juste titre, que nous allions être les premiers à écrire noir sur blanc des faits qui se susurraient dans les rédactions, mais que personne n'avait osé écrire, que nous allions révéler l'existence de notes blanches des RG concernant Dominique Strauss-Kahn, et surtout, que nous allions évoquer le cas d'une jeune journaliste agressée sexuellement par DSK. Reste que ces pressions n'ont pas abouti, parce que nous étions certains de ce que nous avancions. D'ailleurs, en dépit des menaces répétées de l'entourage de DSK, nous n'avons pas été poursuivis.

Vous êtes en effet les premiers à révéler l'affaire Tristane Banon, du nom de cette jeune journaliste et écrivain que Dominique Strauss-Kahn aurait agressé sexuellement en 2002. Pourtant, écrivez-vous, «dans les arcanes du pouvoir, tout le monde savait». Comment expliquez-vous ce silence?

Aujourd'hui, tout le monde semble découvrir que Dominique Strauss-Kahn avait parfois, envers les femmes, des attitudes qui relevaient davantage du pénal, et que son besoin de séduction ne relevait pas seulement du caractère aphrodisiaque du pouvoir. Mais dès 2002, ses amis politiques, son entourage savaient le rapport problématique que DSK entretenait avec les femmes. D'ailleurs, Laurent Fabius et François Hollande, à tour de rôle, ont fait en sorte que cette jeune fille, dont ils connaissaient la mère, une élue socialiste, ne porte pas plainte pour tentative de viol et contribue à ce que tout se règle à l'amiable et sans bruit. Mais la presse aussi était au courant et n'a rien dit.

Dominique Strauss-Kahn, selon-vous, bénéficiait d'une certaine complaisance médiatique ?

Je le pense, oui. Ce n'est pas une appréciation subjective. De manière très factuelle, nous avons constaté, lorsque le livre est sorti, et alors que nous avons bénéficié d'une très grande couverture médiatique, des bonnes feuilles ayant été publiées, que les infos concernant Dominique Strauss-Kahn n'ont jamais fait l'objet d'une seule ligne dans les médias. Cela confinait à l'omerta. Il aura fallu attendre cinq ans pour qu'on découvre que l'on avait écrit des choses intéressantes sur le patron du FMI. Sans vouloir faire le procès en non-curiosité des journalistes, je pense que l'affaire DSK va changer la donne. Elle doit, en tout cas, nous interroger sur notre responsabilité de journalistes et sur la manière dont nous faisons notre travail. Le faire à moitié, s'en tenir aux éloges, c'est trahir notre métier.

*Journaliste, coauteur avec Christophe Deloire de Sexus politicus, Albin Michel.

 

 
deloire duboisLes auteurs

Christophe Deloire et Christophe Dubois, journalistes au Point et au Parisien, sont les auteurs de l'enquête sabotée et du best-seller Les Islamistes sont déjà là.

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