Le cahier bleu de James A Levine
Le cahier bleu
de James .A Levine
Eds Buchet Chastel (janvier 2010)
223 pages
Résumé:
Batuk est âgée de neuf ans à peine quand son père, un paysan du Madya Pradesh, la vend à un bordel d'enfants de Common Street, à Bombay. Jetée en pâture aux désirs pervers des notables de la ville et des policiers pédophiles, la petite prostituée parvient, six années plus tard, à subtiliser un crayon à sa patronne. Et se met à couvrir les pages d'un cahier bleu auquel elle confie le quotidien épouvantable de son esclavage sexuel. Dans ce journal intimiste, désespéré, expiatoire, Batuk écrit tous les jours avec ses mots d'enfant sacrifiée. Elle écrit pour conjurer son destin, pour oublier que son père a abandonné sa léoparde aux yeux d'argent à la violence de ces clients qui viennent jusque dans son nid pour y faire des pains au lait. Elle écrit aussi pour retrouver ses jeux au village avec les lézards de son enfance entre les rochers chauffés par le soleil. Et, dans son cahier bleu, Batuk finit par s'inventer des héros fantastiques qui viendront peut-être, un jour, la libérer... Mais, une nuit, un taxi blanc s'arrête devant sa prison...
L'auteur :
James A Levine est professeur émérite et médecin dans la célèbre clinique américaine de Mayo. Il a été mandaté par les Nations unies pour enquêter sur le travail des enfants dans les pays émergents. Lors d'une visite dans la sordide rue des Cages de Bombay où exerce une partie du million deux cent mille enfants prostitués en Inde, il voit un jour une petite fille en sari rose qui écrit dans un cahier bleu. Batuk, l'héroïne du Cahier bleu, est née. Ce premier roman, dérangeant, puissant et engagé contre la prostitution des enfants dans le monde, est traduit dans une quinzaine de pays.
Mon avis
Voici un livre très fort sur un sujet extrêmement difficile et violent: celui de la prostitution infantile
Cette histoire, c'est celle de Batuk , un jeune indienne de 15 ans et prostituée dans un bordel d'enfants de Bombay (ou d'ailleurs, car ce que raconte ce livre est malheureusement universel). AU A 9 ans , elle a été vendue par son père à un proxénète.
JAmes A Levine nous raconte, dans une première partie ,le quotidien de Batuk dans ce bordel, comment elle va être "intronisée et peu à peu se plier aux désirs de tous ces pervers pédophiles, et son amitié avec Puneet, le jeune garçon de Bombay rencontré dans un orphelinat, et .Un jour, Batuk subtilise un crayon à sa tenancière, et commence à se confier à par écrit; elle revient sur sa brève enfance, où elle était "la léoparde aux yeux d'argent de son papa", elle invente des histoires pour redonner le sourire à Puneet.
Tout ceci est raconté avec des mots d'enfants : faire un passe devient "faire des pains aux lait", son sexe est un" lapinou",
Puis vient le jour où elle est vendue à un milliardaire indien et devient l'esclave sexuel de son fils.Le ton ici est résolument plus cru et on assiste à une escalade de violence avec des scènes assez insoutenables..et pas d'happy end.
Ce livre nous met en face de la réalité de la prostitution infantile et de l'esclavage sexuel. On y voit comment les enfants sont jetés en pature à des hommes sans scrupule, qui les considèrent comme des vulgaires produits de consommation. Le passage de l'ophelinat, dans lequel va séjourner quelques temps Batuk et où elle va rencontrer Puneet , est particulièrement difficile. Les enfants y sont violé, castrés , et même tués avec une sauvagerie difficilement imaginable.
Extrait : " On ne me nourrit que pour mes que mes seins restent pleins et mon derrière rond et appétissant. C'est donc l'homme qui me nourrit. Je n'ai pas l'esprit dérangé, car je sais que l'homme débourse cent roupies pour avoir son bhunnas sur mon visage ou entre mes jambes, et deux cents dans mon trou marron.
Je n'ai pas l'esprit dérangé. En réalité, je ne vois pas d'or sur mon plafond et je ne sens pas de parfums. Je ne sens pas non plus la puanteur rance de ma cellule ou de mon lit parce que j'y suis habituée. En revanche, je sens les odeurs de l'homme. Aucun de mes visiteurs n'est propre; sur certains, je sens la cuisine de leur femme, et sur d'autres, leur parfum. Parfois je sens le gout du rouge à lèvre de baisers posés sur leur bouche quelques heures ou quelques minutes avant les miens.
Je me pose souvent des questions. Je voudrais comprendre pourquoi le jour succède toujours à la nuit alors que tout le reste est si variable. Je suppose qu'il doit y avoir des forces supérieures à ma capacités à les comprendre. Mais ce n'est ni délire ni de la folie.
Je n'ai pas l'esprit dérangé, mais nombreux sont les moments où je le regrette. "
C'est un livre que j'avais emprunté à la bibliothèque mais que je vais acheter car il me semble que les droits sont reversés à une fondation créée par James A levine
En résumé un livre fort, dérangeant, avec des scènes difficilement soutenables , qui m'a fait ouvrir les yeux et m'a mis un grosse claque
Note : 18/20
Retrouvez le très beau billet de Mina ici