Le
dernier contrat .
de Olivier Maulin .
Editions La Branche (09 février 2012)
191 pages,
Polar littéraire, France
Résumé
Dans un futur étrangement proche, un prêtre révolutionnaire et un tueur à gage en préretraite jouent ensemble aux redresseurs de torts nationaux.
Laminée par une crise économique et politique sans précédent, la France est plongée dans le chaos.
Frère-la-Colère, un moine charismatique et exalté, émerge de la confusion, fédérant bientôt les rebelles de tout le pays pour renverser le pouvoir en place et hâter l'effondrement général. Prêt à
tout, Frère-la-Colère engage un tueur à gages, un pro sur le retour, dépressif et alcoolique. Son contrat : assassiner le président de la République le samedi 14 juillet, pendant le défilé.
L'avenir de la Rébellion ne dépend plus désormais que d'un seul homme...
Mon avis
C'est avec ce titre Le dernier contrat que je découvre Olivier Maulin et les Editions de la Branche avec leur collection
vendredi 13.
Le dernier contrat, présenté par le Service de presse comme un polar littéraire, est avant tout un roman d'action assez "viril".au style dynamique , moderne, un peu déjanté et qui se lit
rapidement. Les personnages sont atypiques.Un tueur à gages dépressif, solitaire bourré de manies et adepte de l'ordre et de la propreté. Le second personnage d'importance est un
prêtre défroqué, Frère la Colère, pourfendeur du régime politique, sorte de gourou charismatique et exalté et un brin schizophrène
Mais ce roman est surtout intéressant par son aspect politique-fiction. Certes on est dans une uchronie mais celle-ci est malheureusement extrêmement crédible au regard de ce qui se passe
ces derniers mois (comme en Grèce par exemple) . La France est plongée ici dans une crise économique et politique sans précédent:
"Les scènes de révolte s'étendaient de jour en jour à tout le pays. La veille , une préfecture de l'Ouest avait été mise à sac, les manifestations avaient dégénéré un peu partout, des
dizaines de magasins avaient été pillés et un patron séquestré et battu à mort par ses ouvriers. Le situation était désormais hors de contrôle.
Alors que la crise avait pris une tournure catastrophique, que le noeud coulant des déficits étranglait l'Etat, annihilant toute protection sociale, que la classe moyenne s'était subitement
appauvrie et que les classes populaires partaient à la dérive, un immense scandale avait éclaté, éclaboussant le gouvernement, les parlementaires, les grands patrons, les banquiers, les
syndicats, bref, tous ceux qui avaient mené le pays à la faillite et dont il apparaissait soudain qu'ils continuaient à s'en mettre plein les poches. Pendant les quelques jours qui avaient suivi
la révélation du scandale, le pays avait été étonnamment calme, comme assommé d'incrédulité. Et puis un murmure avait commencé à se répandre sur la Toile et dans les bistrots, semblable au
grognement d'une bête qui se réveille. Une semaine plus tard, la rue explosait à la faveur d'une manifestation d'étudiants sans revendications, sans but et sans mots d'ordres, et ce fut le
soulèvement populaire dans toute sa cruelle splendeur. Depuis, le chaos gagnait du terrain. On avait commencé par séquestrer des patrons dans les usines, brûler des voitures, lancer des
projectiles sur les CRS et puis on s'était mis à incendier les bâtiments administratifs, et à mettre à sac les mairies. Certains patrons séquestrés avaient été lynchés, tandis que d'autres
étaient assassinés par de mystérieux commandos. Des centaines de milliers de personnes défilaient tous les jours dans les rues et s'affrontaient aux forces de l'ordre. Des honnêtes pères de
familles ruinés se battaient furieusement avec les gendarmes, des ménagères affamées des pavés , des jeunes diplômés sans avenir cassaient et brûlaient tout sur leur passage. Les banlieues
s'étaient soulevées. Des hordes de casseurs fondaient sur les beaux quartiers qui étaient devenus l'objet d'attaques quotidiens. Des maisons de riches étaient pillées, d'autres brûlées; les
bourgeois étaient passés à tabac, quelques bourgeoises avaient même été violées. Des milices d'auto défense avaient émergé en quelques jours et les forces de l'ordre tiraient maintenant à balles
réelles, tandis que certains rebelles ripostaient à l'arme de guerre. On commençait à compter les morts par dizaines. Le pays vacillait."
Bref , un roman original, politiquement incorrect, et dérangeant car potentiellement visionnaire.
L'auteur
Olivier Maulin est né en 1969. Avec son premier roman, En attendant le roi du monde, il s'est imposé d'emblée comme un auteur à suivre de près, en remportant notamment le prix Ouest-France
Étonnants Voyageurs en 2006. Il a depuis publié quatre romans, dont Les Lumières du ciel qui vient de paraître aux Éditions Balland (finaliste Prix de Flore 2011).
Note de l'éditeur
On connaît Olivier Maulin en « formidable portraitiste des illuminés » (L'Express), en chroniqueur du monde moderne. On découvre ici son talent de romancier du noir, du crépusculaire.
Guerre civile ; clandestinité ; répression ; terrorisme. Sous ces motifs politiques puissants se dessine un roman d'action diablement efficace, mené tambour battant par un duo improbable... et
franchement dérangeant.
Olivier Maulin en parle
« Chacun de mes livres, à leur manière, tentent de passer l'époque au scanner et d'explorer les possibilités de sortir de ce monde aliénant et désenchanté.
Sur un mode “noir”, je continue avec Le dernier contrat dans cette même voie. J'ai imaginé en effet que la crise que nous vivons prenait soudain une tournure catastrophique (je veux dire
encore plus catastrophique) et qu'une sorte d'illuminé (un Savonarole moderne) galvanisait les foules pour les amener à la révolte et en finir avec notre civilisation matérialiste. Afin de hâter
l'effondrement général, il fait appel à un tueur à gages, le narrateur du livre, pour lui proposer d'assassiner... le président de la République.
Le tueur, c'est un homme méthodique, solitaire, carré, réfléchi, au lourd passé de pro. Mais fatigué aussi, déraciné, plus ou moins dépressif, peut-être même un peu alcoolique. À plus de
quarante ans, il doute, il en a marre, il craint la faute, ne se sent plus taillé pour le rôle et n'a finalement plus qu'une envie : raccrocher. Ce dernier contrat lui en donnera bien entendu
l'occasion. L'avenir de la Rébellion ne dépend plus désormais que d'un seul homme... »
© com3pom
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